Enfer

XIe Dimanche du Temps Ordinaire B, 13 juin 2021

Exaudi, Domine,vocem meam, qua clamavi ad te :
Adiutor meus esto, ne derelinquas me, 
neque despicias me, 
Deus salutaris meus.
Ps. : Dominus illuminatio mea et salus mea :quem timebo ?

Exauce, Seigneur, ma voix qui a lancé vers Toi son appel :
sois mon secours, ne m’abandonne pas
et ne me regarde pas avec dédain, Dieu, mon sauveur.(Ps 26, 7.9.1)

Un simple regard de l'introït nous fait distinguer 3 unités (et seulement 2 phrases). 

  • La première  Exaudi, Domine,vocem meam, qua clamavi ad te :est soutenue par la corde mélodique de FA. On remarquera un phénomène assez rare : une intonation descendante de FA à DO
  • La deuxième Adiutor meus esto, ne derelinquas me neque despicias me est soutenue par la corde mélodique de SOL
  • L'épiclèse finale de la pièce, Deus salutaris meus est pour ainsi dire à double volet: le Destinataire se voit désigné d'abord par un Deus au dessin mélodique descendant (nouvelle chute significative au terme grave du mode) et à l'écriture appuyée (torculus resupínus expressif), puis par un salutaris à la ligne mélodique ascendante RE-LA. (D'après "Chante et Marche du frère F. CASSINGE-TREVIDY Tomme III pages 47) 

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EnferXIIe Dimanche du Temps Ordinaire B, 20 juin 2021

Dominus fortitudo plebis suae, et protector salutarium Christi sui est : 
salvum fac populum tuum, Domine, et benedic hereditati tuae,et rege eos usque in saeculum.
Le Seigneur est la force de son peuple, et le protecteur des délivrances de son Christ : 
sauvez votre peuple, Seigneur, et bénissez votre héritage, et dirigez-les, jusques en l’éternité.
Ps :Ad te, Domine, clamabo, Deus meus, ne sileas a me :ne quando taceas a me et assimilabor descentibus in lacum.
Vers toi, Seigneur, je lancerai mon appel, mon Dieu, ne garde pas silence loin de moi : que jamais ta voix ne se taise pour moi : là, je serai comme ceux qui descendent dans l’abîme. (Psaume 27 8, 9 et 1)

Dominus fortitudo ouvre une trilogie d’introïts estivaux dans lesquels c'est le peuple entier qui s”exprime (Dominus fortitudo, Omnes gentes, Suscepimus). Par ailleurs, attentifs à ce souci de pertinence systématiques et de mise en situation concrété qui guide si souvent le choix de l”antienne d'introït, nous avions évoqué, au sujet de Dominus illuminatiio, l'impression lumineuse, voire
l'éblouissement, que peut éprouver le fidèle qui pénètre dans l'espace liturgique. Peut-être est-ce à une autre impression fondamentale que Domínus fortitudo fournit à son tour un exutoire vocal, à savoir celle de force : force de l'assemblée chrétienne célébrant comme un seul homme, force du Peuple de Dieu dans son apparition et son exercice liturgiques fortitudo plebis dont l”eucharistie célébrée - dont le Seigneur en personne est la source. In fortítudine cibi illius... " Fort de cette nourriture", est-il rapporté du prophète Élie, «il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu, l'Horeb " (1 R 19, 8).(Père Cassingena-Trévidy - Les Introïts III p 59-60)

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In OmnesGentes 13ToCXIIIe Dimanche du Temps Ordinaire B, 27 Juin 2021

Omnes gentes plaudite manibus : iubilate Deo in voce exsultationis.
Ps : Quoniam Dominus excelsus (summus) terribilis : rex magnus super omnem terram.
Toutes nations, battez des mains : jubilez pour Dieu en un chant d’allégresse !
Car le Seigneur est très haut, redoutable : grand Roi sur toute la terre.

Ah ça! voilà des gens - gentes ~ heureux d'aller à l'église le dimanche ! Au moins quelqu'un qui est heureux d”y aller et qui y invite les autres ! Car cette antienne, comme Venite adoremus du 5e dimanche, est fondamentalement un invitatoire. Voilà un introït à la main, à pleines mains: des mains nues et naïves qui s'improvisent toutes seules instruments de musique: plaudite manibus ! Une manifestation, c”est-à-dire, bien entendu, une fête des mains. Une entrée du peuple avec applaudissements. Une entrée des Nations païennes - des Gentils - dans l”Église qui leur est ouverte. Ecce convertímur ad gentes, déclarent solennellement Paul et Barnabé: «Nous nous tournons vers les païens... Tout joyeux à ces mots, les païens se mirent à glorifier la parole du Seigneur, et tous ceux-là embrassèrent la foi, qui étaient destinés à la vie éternelle» (Ac 13, 46-4.8). Pour parler plus couramment encore, une entrée des «gens ››, des petites gens, des bonnes gens à l'église la messe dominicale, une entrée de tout le monde. Une entrée de ces demi-païens ou << demi-chrétiens ›> que nous sommes tous et que nous restons toujours, encore qu”appelés à la << vie angélique ››  et chantant de fait, chaque dimanche, à parité avec les anges : Sanctus, sanctus, sanctus.. Une entrée du Seigneur lui-même, aussi, bien sûr (puisqu'il y a beau temps qu'il marche avec nous), sous les applaudissements de son peuple. 

Oui nous étions heureux et nous jubilons de retrouver nos églises. En cela le père Cassingéna-Trévidy (Introït III page 71) était prophétique quelques années avant le mois de Mars 2020. Cet introït, en ce sens exprime bien notre état d’âme, notre joie, notre jubilation, notre exultation, après des mois de confinement. 

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In Suscepimus 14ToCXIVe dimanche du Temps Ordinaire B, 4 juillet 2021

Nous avons reçu, ô Dieu, ta miséricorde au milieu de ton temple. Comme ton nom, ô Dieu, ainsi ta louange couvre l'étendue de la terre, ta droite est remplie de justice. Le Seigneur est grand et digne de toute louange, dans la cité de notre Dieu, sur sa montagne sainte ». (Psaume 47, 10, 11, 2)
 

Dom Gajard définit d'un mot le caractère musical de ce chant d'entrée en le qualifiant ainsi : « C'est d'abord un merci à Dieu de tout ce qu'il a fait pour l'humanité... mais un merci joyeux, affectueux, filial : tout y est naturel, simple, allant, gracieux, au début du moins. Ce n'est pas l'action de grâces solennelle ; on est joyeux, on se sent aimé, et on chante, voilà tout. ». 

C'est l'interprétation de toute la première phrase. Il s'agit d'un 1er mode, le mode de la paix, et cela se sent d'emblée, dès l'intonation qui est typique et qui fait penser à l'introït Gaudeamus ou à l'offertoire Jubilate. Le mot misericordiam est doucement enveloppé, avec un accent bien mis en valeur par le double DO aigu. Tout est léger, sans qu'on ait besoin de forcer aucunement les voix. Le tempo est soutenu par l'élan d'un paisible enthousiasme. Aucun excès, mais de la légèreté, partout. 

Avec la deuxième phrase, l'atmosphère change. On est d'ailleurs passé d'un verbe au passé simple (suscepimus : nous avons reçu) à une phrase au présent. De plus on est passé de l'action de grâces à la louange. Enfin, on est passé d'un verbe à la première personne du pluriel (nous) à un verbe à la troisième personne du singulier. Il ne s'agit plus de nous qui avons reçu la grâce et l'amour de Dieu, mais de Dieu lui-même. Pour toutes ces raisons, amplement suffisantes, un changement très net se fait sentir.

Au plan strictement mélodique, c'est déjà bien visible : la mélodie de la première phrase se campait autour du LA, surtout et du FA. Elle touchait quelquefois le DO, plus par manière d'annonce d'ailleurs.
Avec la deuxième phrase, le DO aigu devient clairement la note dominante, attractive, le LA n'étant plus qu'une note d'appui ou de retombée. En outre, les neumes très légers de la première phrase ont laissé la place à des neumes plus larges, et dom Gajard remarque que c'est vrai dans toutes les familles de manuscrits. L'humble merci a fait place à la grande louange. Et le chant s'envole et s'étoffe. Le sommet de la pièce est atteint sur le mot nomen, au tout début de la deuxième phrase. Jusqu'au bout on va rester dans la contemplation de ce nom bien aimé. L'âme, l’Église, est fixée sur les hauteurs, elle regarde et elle aime, dans une sorte d'extase de louange. Oublieuse d'elle-même, du bienfait qu'elle a reçu, elle se donne. Et dom Gajard remarque très profondément que ce passage de la simple contemplation à la grande louange admirative est caractéristique de ce qu'il appelle la méthode d'oraison de l’Église. C'est très juste, cela.
Dans la liturgie, l’Église se manifeste vraiment comme une maîtresse d'oraison. Mais on peut dire qu'elle n'enseigne pas l'oraison, elle la vit.
Très souvent, dans les pièces grégoriennes, on la voit se mettre en oraison en commençant par méditer simplement, par exemple un attribut divin qui la concerne (ici la miséricorde). Et puis, de façon plus ou moins soudaine, on pourrait dire selon la violence de l'Esprit qui la ravit comme de force, elle est emportée dans sa contemplation et elle éclate en une louange qu'elle ne semble plus maîtriser. Elle est toute entière alors sous l'influence de l'Esprit qui joue en elle comme sur une lyre et lui fait rendre les sons c'est-à-dire les sentiments les plus divins. C'est peut-être là que réside surtout le génie spirituel de l'art grégorien, ce qui fait son incomparable supériorité par rapport aux autres répertoires de musique sacrée. On peut penser que ses compositeurs n'étaient pas seulement des artistes mais aussi et surtout des saints et même des mystiques, des âmes d'oraison qui vivaient profondément les mystères du Christ, et qui se laissaient inspirer par eux au sens le plus fort, vraiment.

On peut revenir à notre chant d'entrée pour conclure. La pièce se termine en revenant au grave, non pas dans l'atmosphère joyeuse du début, mais dans une paix solide. Ça aussi c'est une des grâces du chant grégorien. Il finit toujours dans un mouvement intérieur, il recueille en plénitude le fruit de sa contemplation, il fait éprouver le sentiment ultime du salut qui est la paix, la paix après le combat, la paix qui ne finit pas, la paix qui est vie profonde et immense comme l'éternité. Cette mélodie qui s'apaise et qui revient sagement au RE, finale du 1er mode, évoque la plongée de l'âme dans l'océan de paix qui est Dieu. Ici, le dernier mot, c'est la main de Dieu, cette main pleine de justice et de miséricorde, cette main paternelle et vivifiante dans laquelle il fait si bon se réfugier. (Lire l'article complet)

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